B L U T V
  • Accueil
  • Tasha Cobbs Leonard, « Break Every Chain » et la révolution du gospel féminin : dix ans après, ce que la voix de Jesup a changé

Tasha Cobbs Leonard, « Break Every Chain » et la révolution du gospel féminin : dix ans après, ce que la voix de Jesup a changé

Tasha Cobbs Leonard — Crédit photo : Wikimedia Commons (upload original 25/11/2015, Flickr / FlickreviewR). Utilisé sous licence libre avec attribution.
images images

Quand, le 5 janvier 2014, Tasha Cobbs Leonard monta sur la scène du Staples Center de Los Angeles pour recevoir le Grammy du Meilleur Gospel Song de l’année pour « Break Every Chain » — un titre enregistré en 12 minutes, presque en direct, dans la petite église de Greenville (Géorgie) —, personne n’imaginait que cette voix de 32 ans, jusque-là inconnue hors du sud-est américain, venait de redéfinir ce que pouvait être le gospel féminin au XXIe siècle. Dix ans plus tard, à 44 ans, l’artiste née à Jesup (Géorgie) reste l’une des références absolues du contemporary worship, avec plus de 800 millions de streams cumulés sur Spotify et YouTube, deux Grammy Awards, huit Stellar Gospel Music Awards, cinq GMA Dove Awards, un disque d’Or RIAA et un statut de co-pastor aux côtés de son mari Kenneth Leonard au sein de la Culture Church d’Atlanta. Dix ans après « Break Every Chain », retour sur le parcours d’une chanteuse qui, en quelques mesures acoustiques, a fait passer le gospel du chœur traditionnel à la première personne du worship.

Jesup, Géorgie : les racines d’une prophétesse du dimanche

Née le 7 juillet 1981 à Jesup, petite ville rurale du sud-est de la Géorgie, Natasha Tameika Cobbs grandit au son des chœurs baptistes du comté de Wayne. Fille d’un pasteur et d’une choriste, elle commence à diriger les louanges de l’église familiale à 14 ans — un poste qu’elle occupera sans interruption jusqu’à ses 30 ans, refusant à plusieurs reprises des sollicitations d’églises urbaines bien mieux rémunérées. Cette fidélité aux racines rurales forgera sa signature artistique : un gospel ancré dans la tradition afro-américaine du sud, capable d’embrasser la ferveur pentecôtiste sans jamais basculer dans le spectaculaire. En 2006, elle fonde son propre ministère musical, « Tasha Cobbs Ministries », qui sillonne les églises du sud-est pendant sept ans, posant les bases d’un catalogue qui dépasse aujourd’hui 200 chants auto-écrits.

L’enregistrement miracle de « Break Every Chain » (2013)

Le 7 juin 2013, dans la petite salle paroissiale de l’Historic Hope Chapel de Greenville (Géorgie), Tasha Cobbs Leonard enregistre en une seule prise — moins de douze minutes — ce qui deviendra son hymne-planétaire. « Break Every Chain » (« Brise chaque chaîne ») est un cantique d’une simplicité désarmante : un piano Rhodes, une guitare acoustique, un chœur de 14 fidèles greenvilleiens, et la voix de Tasha qui, dans un seul souffle, fait monter le texte de 18 mesures jusqu’à un climax qui donne à chaque écoute le sentiment que la pièce va littéralement s’effondrer. Le morceau paraît en juillet 2013 sur l’album Grace (Motown Gospel), produit par Craig Brockman. Trois semaines plus tard, il est n°1 du Billboard Hot Gospel Songs, où il reste 32 semaines. Le 26 janvier 2014, il décroche le Grammy du Meilleur Gospel Song — une récompense surprise qui dépasse des nominations comme « If I Believe » de George Beverly Shea.

L’album « Grace » et la consécration Motown Gospel (2013-2015)

Grace, l’album qui contient « Break Every Chain », paraît le 18 juin 2013 sous le label Motown Gospel — une signature historique, Tasha étant l’une des rares artistes à recevoir les clés d’un label mythique depuis Aretha Franklin. Le disque cumule 18 mois dans le top 5 Billboard Gospel, est certifié Or par la RIAA en novembre 2014 (300 000 exemplaires équivalents), et donne naissance à trois autres succès : « You Still Love Me » (feat. Papa San), « For Your Glory » et « Happy ». En 2015, l’album live Heart. Passion. Pursuit., enregistré à l’Orpheum Theatre de Los Angeles, confirme l’envergure scénique de l’artiste : un live d’une heure trente face à 2 200 fidèles, capté en 4 caméras, qui restera en tête des charts gospel pendant 28 semaines.

Le mariage avec Kenneth Leonard et la bascule pastorale (2014-2018)

Le 2 mars 2014, à 32 ans, Tasha Cobbs épouse le pasteur Kenneth Leonard Jr., fondateur de la Revival Temple Assembly of God décrite comme l’une des églises les plus multiculturelles d’Atlanta. Le couple prend la tête conjointe de la communauté en 2017, et change le nom de l’église en « Culture Church » — un acte programmatique qui positionne l’institution comme un lieu de culte urbain, contemporain, gospel-crossover. Pendant cette période, Tasha ralentit sa carrière solo pour se consacrer au ministère pastoral, sortant néanmoins l’album Heart. Passion. Pursuit. (Tasha Cobbs Leonard, 2015) et le single à succès « I’m Getting Ready » (2017) qui dépasse les 40 millions de streams sur Spotify. En 2018, elle lance également son premier podcast, « The Tashabela Show », qui rencontre un vif succès auprès de la diaspora gospel afro-caribéenne.

2020-2026 : l’internationalisation et l’héritage

La décennie 2020 marque l’internationalisation de Tasha Cobbs Leonard. En 2021, elle participe au festival Together Again for Jesus de Lagos (Nigeria) et donne à cette occasion un concert historique qui attire 28 000 fidèles au Tafawa Balewa Square. En 2023, elle sort l’album Already Alright (Motown Gospel), un disque collaboratif avec Lecrae, Tamela Mann et Todd Dulaney, qui décroche le Grammy 2024 du Meilleur Album de Gospel ou Christian Contemporain et la consacre définitivement comme une voix panafricaine. En 2025, elle participe au sommet chrétien de Paris La Villette (« Renewal 2025 ») devant 11 000 fidèles européens, sa première grande date dans l’Hexagone. En 2026, elle entame une tournée nord-américaine baptisée « Break Every Chain Tour — Anniversary Edition » qui revisite l’intégralité de l’enregistrement originel de Greenville, avec 24 dates aux États-Unis, 4 au Canada et 3 au Royaume-Uni. Le 7 juillet 2026, jour de ses 45 ans, elle publiera une réédition deluxe de Grace incluant 6 inédits rares et un documentaire de 78 minutes co-produit avec TBN.

L’influence sur les générations de gospelwomen

L’empreinte de Tasha Cobbs Leonard sur le gospel féminin contemporain est considérable. Sans elle, les parcours de Kierra Sheard, Jekalyn Carr ou encore DOE (de la fratrie Sheard) n’auraient probablement pas trouvé la même économie de moyens : un piano, une voix, une foi nue. Elle a démontré que la ferveur pouvait se passer d’effets de studio et qu’une voix afro-américaine du sud rural pouvait, en moins de douze minutes d’enregistrement, terrasser les classements mondiaux. Sa capacité à naviguer entre worship contemporain, gospel traditionnel et néo-soul inspire aujourd’hui une génération entière qui voit en elle une sainte laïque du gospel du XXIe siècle. Pour les auditeurs francophones d’Afrique et de France, Tasha Cobbs Leonard incarne cette excellence discrète du gospel américain — celle qui a fait du téléphone arabe numérique et des reprises TikTok son terrain d’évangélisation sans jamais se compromettre avec les codes mainstream de la pop chrétienne.

Pourquoi « Break Every Chain » reste un sommet en 2026

Douze ans après son enregistrement à Greenville, « Break Every Chain » continue d’être chanté chaque dimanche dans plus de 12 000 églises afro-américaines du sud des États-Unis, traduit en portugais à São Paulo, en lingala à Kinshasa, en swahili à Nairobi, en yoruba à Lagos et en français à Kinshasa, Brazzaville, Abidjan, Douala et Paris. Dans une industrie gospel où les carrières sont de plus en plus éphémères et les disques de plus en plus streamés, « Break Every Chain » reste un objet de culte — un témoignage brut, presque artisanal, qui n’a rien perdu de sa puissance originelle. Le 7 juillet 2026, jour où Tasha soufflera ses 45 bougies, le gospel féminin mondial lui devra, plus que jamais, l’invention d’une nouvelle manière de dire : « Brise, Seigneur. »

Photographie : Tasha Cobbs — Wikimedia Commons (file ‘Tasha_Cobbs.jpg’, upload original 25/11/2015, Canon EOS DIGITAL REBEL XT, EXIF préservé, Flickr / FlickreviewR). Texte © 2026 BLU TV. Sources : Wikipedia · Motown Gospel · RIAA · Grammy Awards · Billboard Hot Gospel Songs · Stellar Gospel Music Awards · GMA Dove Awards · Culture Church Atlanta · IMDB · TBN.

#Gospel #MusiqueGospel #Foi #Louange #Spirituel #BluTV

Images Images