24 juin 2026
Le 1er février 2026, lors de la 68e cérémonie des Grammy Awards, PJ Morton et Darrel Walls ont remporté le Grammy du Meilleur Album Gospel pour « Heart of Mine ». Un sacre qui consacre un parcours atypique : celui d’un pianiste officiellement membre de Maroon 5 qui n’a jamais cessé de défendre la mémoire musicale et spirituelle de sa Nouvelle-Orléans natale. Portrait d’un funambule entre pop mondiale et gospel viscéral.
Paul Sylvester Morton Jr. naît le 29 mars 1981 dans une maison qui sent l’encens et les répétitions de chorale. Son père, le Bishop Paul S. Morton, fondateur de la Full Gospel Baptist Church Fellowship, et sa mère, la pasteure Dr Debra Brown Morton de la Greater St. Stephen Full Gospel Baptist Church, dirigent ensemble deux des paroisses noires les plus influentes de Louisiane. Le jeune PJ grandit avec un piano à queue dans le salon familial et les chœurs gospel de La Nouvelle-Orléans en bande-son permanente. Diplômé de la St. Augustine High School puis de Morehouse College en 2003, il choisit d’abord la musique plutôt que la chaire — sans jamais rompre avec l’héritage spirituel de ses parents.
Au début des années 2000, PJ Morton multiplie les projets : album solo éponyme en 2006, EP Following My First Mind (2012), puis l’album New Orleans (2013) sur le label Young Money de Lil Wayne. Mais c’est Gumbo, autoproduit en 2017, qui révèle au monde sa formule : un mélange de R&B, de soul, de funk et de gospel, conçu comme un « gumbo » musical — cette cuisine louisianaise où l’on fait mijoter ensemble ce qui ne devait pas se rencontrer. Le disque décroche deux nominations aux 60e Grammys (Meilleur Album R&B, Meilleure Chanson R&B) et lance définitivement sa carrière solo.
Repéré dès 2010 par Adam Blackstone, directeur musical de Maroon 5, PJ Morton rejoint la formation en tant que claviériste de tournée, avant d’en devenir membre officiel en 2012. Il signe depuis les arrangements, parties de claviers et chœurs de tous les albums du groupe — Overexposed (2012), V (2014), Red Pill Blues (2017), Jordi (2021) et Love Is Like (2025). Cette double casquette — pianiste d’une des plus grosses machines pop mondiales le soir, pasteur du gospel le dimanche — fait de lui une figure rare : un musicien qui prouve que foi et paillettes ne s’excluent pas, à condition de savoir changer de costume sans jamais changer de cœur.
Avec six Grammys au compteur, PJ Morton est l’un des rares artistes afro-américains à avoir été honoré à la fois dans les catégories gospel, R&B et pop au cours de sa carrière. En 2021, il avait déjà remporté son premier Grammy gospel avec « Gospel According to PJ ». En 2026, l’album Heart of Mine, coréalisé avec le compositeur et producteur Darrel Walls (fondateur de l’église Deeper Fellowship à Los Angeles et figure de la nouvelle génération gospel), obtient le prestigieux Grammy du Meilleur Album Gospel lors de la 68e cérémonie. Le projet, enregistré entre la Nouvelle-Orléans et Los Angeles, mêle gospel traditionnel, R&B contemporain et textures néo-soul, avec des invités comme Le’Andria Johnson, Kierra Sheard et Tasha Cobbs Leonard.
Homme de foi, musicien du monde, PJ Morton porte aussi un projet mémoriel qui lui tient à cœur : la restauration de la maison de Buddy Bolden à La Nouvelle-Orléans, considérée comme le berceau du jazz. Acquise depuis plus d’une décennie par l’église de son père, la demeure — longtemps menacée de démolition par négligence — doit devenir un musée et un espace communautaire dédié à la mémoire du jazz et à la transmission musicale des jeunes du quartier. Une manière, pour PJ Morton, de rappeler que la grande musique américaine — gospel, jazz, R&B, pop — est née dans ces mêmes cuisines louisianaises où l’on préparait du gumbo.
Pour les auditeurs gospel d’Afrique francophone et de France, le sacre de PJ Morton est un message d’espérance. Il prouve qu’un artiste peut bâtir une carrière internationale mainstream — jusqu’à jouer devant des stades complets avec Maroon 5 — sans jamais renier la matrice spirituelle de son enfance. Comme Tamela Mann avant lui (Overcomer Tour 2026), comme Sinach, comme Dena Mwana, PJ Morton rappelle que le gospel n’est pas un genre de musée : c’est une musique vivante, traversée par les luttes, les voyages et les métissages du monde noir — du Mississippi à Lagos, de Détroit à Kinshasa, en passant désormais par les Grammy Awards.
© 2011 Wikipedia Commons / PJ Morton (CC BY-SA). Texte © 2026 BLU TV. Sources : Wikipedia · Grammy Awards · Billboard · Morton Recordings.
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