9 juin 2026
Il y a des animateurs qu’on regarde. Et il y a Cyril Hanouna, qu’on regarde en se demandant ce qu’il va bien pouvoir inventer le lendemain. Depuis quinze ans, « C’est pas le Late Show » — pardon, Touche pas à mon poste — a redessiné les contours de la télé française du soir. Et force est de constater que personne n’a jamais réussi à l’imiter.
Trentenaire à peine, Hanouna débarque sur Virgin Radio en 2003, puis sur Europe 1. Mais c’est en 2010 que tout bascule : il reprend Touche pas à mon poste sur France 4, à 18h40, avec l’énergie d’un gamin et l’instinct d’un vieux briscard. La machine est lancée. Le programme migre sur C8, s’installe en access prime time, et finit par faire mieux que certaines chaînes en prime.
Le concept ? Un talk en apparence foutraque, des chroniqueurs qui se chamaillent, des happenings qu’on n’avait pas vus venir. Mais derrière le chaos scénarisé, une mécanique redoutable : Hanouna sait exactement où placer un fou rire, quand tendre la perche au clash, et comment transformer un moment TV en viralité pure. En 2023, TPMP culminait encore à près de 900 000 fidèles du lundi au vendredi, une performance qui ferait pâlir plus d’une chaîne de la TNT.
Aimer ou détester Hanouna, le débat est aussi ancien que la carrière du bonhomme. Mais un fait demeure : il a compris avant tout le monde que la télé de l’ère X/Twitter ne se consomme plus de la même manière. Là où ses aînés attendaient le JT de 20h, sa cible picore, screen, partage. Le numérique n’est pas un bonus chez Hanouna, c’est le prolongement naturel de l’antenne. Chaque séquence est calibrée pour devenir un extrait, chaque clash un GIF, chaque punchline un mème.
Résultat : un animateur que les moins de 30 ans connaissent souvent avant de connaître Nagui ou Delahousse. Pas par hasard.
La fin de la diffusion sur C8, actée par l’ARCOM après des années de bras de fer avec le groupe, aurait pu sonner le glas. Il n’en est rien. Hanouna a embarqué sa bande — et sa marque — sur une nouvelle plateforme, « Donatien » puis « C8 » version numérique, tout en gardant Touche pas à mon poste mais sur une diffusion propre. L’audience du début 2025, autour de 700 000 à 900 000 selon les soirs, prouve qu’il a su transporter son public sans C8 comme berceau.
C’est peut-être ça, le vrai talent de Cyril Hanouna : ne jamais dépendre d’un seul canal. Comme RuPaul avec la culture drag, comme Oprah avec la culture confessionnal, il a bâti un univers qui lui survit. Avec ses excès, ses outrages, ses déclarations lunaires — et un sens du direct que peu d’animateurs français possèdent à ce degré.
Hanouna dérange, agace, exaspère. Mais il fait quelque chose que la télé française avait un peu oublié : il prend des risques. Pas toujours les bons, certes. Mais une émission sans risque, c’est une émission qu’on zappe. Et lui, on ne le zappe pas. On le regarde, on le commente, on s’en moque ou on l’adule — mais on en parle. Dans le PAF, ça reste la plus belle forme de respect.
À 51 ans, l’animateur-producteur le plus clivant de France continue donc de tenir le micro. Et quelque part, dans un open space de Boulogne-Billancourt, des chaînes entières se demandent encore comment diable il fait.
Sources : Ozap · TV Magazine — © 2026 BLU TV – Tous droits réservés
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