26 juin 2026
À 42 ans, Travis Greene cumule les casquettes qui, ailleurs, s’excluraient : pasteur fondateur d’une église de plus de 6 000 fidèles à Columbia (Caroline du Sud), chanteurBillboard Top Gospel Albums, cinq nominations aux Grammy Awards et auteur d’un live-album, Crossover: Live From Music City (2017), qui reste l’une des plus ambitieuses captations gospel de la décennie. Portrait d’un homme qui prouve qu’on peut faire danser les foules ET transformer une ville, sans jamais lâcher le micro ni la chaire.
Travis Montorius Greene naît le 17 janvier 1984 dans le Delaware, mais grandit à Warner Robins (Géorgie), dans le ventre mou de l’Amérique baptiste noire. Sa mère Charleather Greene élève seule son fils dans la foi COGIC (Church of God in Christ), courant historique du pentecôtisme afro-américain. Le petit Travis apprend la batterie à cinq ans, le piano à huit, et se produit chaque dimanche comme musicien d’église — d’abord à reculons, puis avec la conviction tranquille de ceux qui savent que la musique n’est pas un hobby mais un ministère. Diplômé de la Howard University, il débarque à Charlotte (Caroline du Nord) où il commence à composer pour lui-même, en marge des paroisses où il officie comme pianiste.
En 2007, Travis Greene sort The More, un premier album autoproduit sur le label Greenelight Records qui passe inaperçu dans les médias mainstream mais conquiert les chœurs du sud-est des États-Unis. Trois ans plus tard, Stretching Out (2010) confirme sa patte : un gospel contemporain ultra-rythmique, mâtiné de R&B et de hip-hop, où les chœurs dialoguent avec desbeats électroniques discrètes. La consécration arrive en 2015 avec The Hill (album studio) et Intentional (EP), qui se classent en tête du Billboard Top Gospel Albums et lui valent une première pluie de nominations aux Stellar Awards — la grande cérémonie du gospel afro-américain. En 2017, Crossover: Live From Music City, capté à Nashville en présence de 4 000 personnes, révèle un showman total : Greene y dirige son groupe comme un orchestre de groove, alternant louange explosive, ballades au piano et jams spirituels de quinze minutes. Le disque est nommé aux Grammy Awards et décroche plusieurs Stellar Awards, dont celle de l’Artiste de l’année.
Avec son épouse, la pasteure Dr Jackie Greene (née Gyamfi, spécialiste de santé publique), Travis Greene fonde en 2015 The Forward City Church, une église communautaire à Columbia (Caroline du Sud) qui revendique aujourd’hui plus de 6 000 membres actifs. Le modèle : une église « multigénérationnelle et multiculturelle » qui combine liturgie gospel, accompagnement social (aide alimentaire, soutien scolaire, programme de santé mentale) et production artistique hebdomadaire. Pendant la pandémie de Covid-19, Forward City devient l’une des premières megachurches noires à maintenir une programmation gospel en ligne 24/7, diffusant depuis un studio improvisé dans le sous-sol pastoral. Le succès est tel que l’église ouvre en 2024 un campus secondaire à Atlanta et un autre à Charlotte — modèle reproductible que plusieurs observateurs surnomment déjà le « Travis Greene playbook ».
Au fil des ans, Travis Greene a collaboré avec les plus grands noms du gospel contemporain : Jonathan McReynolds (« Intentional », 2015), Tasha Cobbs Leonard (« You Wait »), Jessica Reedy, mais aussi des artistes跨界 comme Timbaland (sur le titre « Be Yourself ») ou Travis Scott (surprise collaboration gospel-rap en 2022). Cette ouverture, parfois critiquée par les gardiens du temple gospel traditionnel, est assumée : Greene rappelle régulièrement que la musique noire américaine — gospel, soul, funk, hip-hop — est historiquement un seul et même fleuve, et que le pasteur qui refuse le beat rap finit par déconnecter de sa génération. Une position qui lui vaut autant d’influences chez les 18-35 ans que chez les fidèles de plus de 60 ans.
Avec cinq nominations aux Grammy Awards (catégories gospel et contemporary Christian) et treize Stellar Awards décrochées depuis 2015, Travis Greene fait partie du top 5 des artistes gospel de sa génération. En 2021, il est sacré « Gospel Artiste of the Year » aux Stellar Gospel Music Awards — la reconnaissance par ses pairs d’une œuvre qui dépasse le cadre strictement musical pour toucher à la théologie populaire. Son titre signature, « Intentional » (2015), est devenu un hymne officieux dans les églises afro-américaines, traduit et repris jusque dans les communautés africaines francophones — de Kinshasa à Abidjan, où les chorales gospel l’intègrent régulièrement à leur répertoire.
Pour les auditeurs gospel d’Afrique francophone et de France, Travis Greene incarne une figure à la fois familière et inspirante : celle d’un pasteur-chanteur qui n’a pas choisi entre la ferveur de la chaire et l’efficacité du hook pop. Comme Dena Mwana ou Sinach côté africain, comme Tamela Mann côté américain, Greene rappelle que le gospel contemporain est une musique globale, nourrie de métissages assumés, capable de remplir des stades sans perdre la profondeur spirituelle de ses origines. À 42 ans, avec encore trente ans de carrière devant lui, il s’impose comme l’un des héritiers les plus crédibles de la tradition gospel afro-américaine — un pasteur qui sait aussi, quand il le faut, faire trembler un subwoofer.
© 2017 Wikipedia Commons / CoyPlus (CC BY-SA). Texte © 2026 BLU TV. Sources : Wikipedia · RCA Inspiration · Forward City Church · Stellar Gospel Music Awards · Billboard.
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