11 juin 2026
Elle n’a pas encore trente ans, mais sa voix, elle, sonne comme une mémoire ancestrale remontée du cœur des Antilles. Meryl — de son vrai nom Stacy Minaro — s’est imposée en quelques saisons comme l’une des artistes les plus Bankable de la nouvelle scène zouk et dancehall caribéenne. Un cas d’école à elle seule : celui d’une génération qui refuse de choisir entre les genres et qui brouille les frontières entre Fort-de-France, Kingston et Paris.
Née en 1995 à Fort-de-France, Meryl grandit entre les sound systems de Dillon, les chorales paroissiales et une mère fan de Kassav’. Elle commence à chanter très jeune, d’abord en kreyòl, puis bascule vers le dancehall au lycée après avoir découvert Vybz Kartel et Konshens. « J’ai toujours chanté. Mais le jour où j’ai compris qu’on pouvait tout mélanger, j’ai arrêté de choisir. » Cette phrase, elle l’a répétée dans chaque interview — et elle continue de structurer son identité artistique.
Le tournant arrive en 2017 avec « Anlèman », un titre de zouk sentimental qui explose en France et dans la diaspora haïtienne. Enchaîne avec « Ban mwen sa » (2019) — plus de 18 millions de streams sur Spotify. Mais c’est la collaboration avec Admiral T, « Bèl moun », qui la propulse dans le Top 50 des charts antillais. En 2023, elle signe avec le label parisien Fostr Music, distribué par Believe. Résultat : 6,2 millions d’auditeurs mensuels sur Spotify en 2026, classement dans le Top 10 Billboard Tropical Airplay avec « Kité ».
Meryl ne se contente pas de chanter. Elle est aussi co-fondatrice du collectif « JKL » (Jou Kamé Lévé), qui regroupe une dizaine d’artistes émergents de Martinique, Guadeloupe et Haïti. Elle produit également le podcast « Anlèman Show », suivi par 240 000 abonnés, où elle reçoit les figures montantes du zouk et du bouyon. Business avisé : elle a déposé sa marque en 2024 et lance cette année sa ligne de vêtements en collaboration avec une créatrice martiniquaise.
Avec des artistes comme Bamby, Were-Vana ou Laetitia B., Meryl appartient à cette vague qui réinvente le zouk sans le trahir — en y injectant dancehall, trap et sonorités afro-caribéennes. Elle revendique l’héritage de Jocelyne Beroard et de Kalash, tout en imposant un phrasé plus urbain, plus brut, plus diasporique. Sa tournée européenne de 2025, « Caribbean Volcano Tour », a affiché complet à guichets fermés en moins de 48 heures sur 12 dates.
À 30 ans, Stacy Minaro n’est plus une promesse. Elle est devenue, malgré elle, la preuve vivante que la Caraïbe ne se raconte plus à voix basse. Elle se scande. À pleine voix.
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