8 juin 2026
Quinze minutes. C’est le temps qu’il a fallu à Kendrick Lamar pour réécrire les règles du Super Bowl. Le 9 février 2025, à La Nouvelle-Orléans, devant 127 millions de téléspectateurs — un record historique — le rappeur de Compton n’a pas simplement performé. Il a livré une cérémonie funéraire pour le vieux rêve américain, enchaînant « HUMBLE. », « DNA. » et ce « Not Like Us » qui a fait trembler le Caesars Superdome. Snoop Dogg aux manettes visuelles, Samuel L. Jackson en narrateur censeur, et Serena Williams venue exécuter le crip walk : chaque image était une déclaration de guerre douce.
Ce Super Bowl avait un absent partout présent. Drake, dont le conflit ouvert avec Kendrick a dominé 2024, regardait depuis Toronto pendant que « Not Like Us » — certifié single diamant avec 10 millions d’équivalents ventes — transformait l’événement en tribunal populaire. La rumeur d’une offre de 30 millions de dollars à l’intéressé pour figurer dans le spectacle ? Une intox de plus dans cette saga devenue le plus grand feuilleton musical de la décennie. Kendrick a choisi l’absence comme punition, et c’est plus dévastateur que n’importe quel featuring.
Derrière l’icône, les chiffres parlent. Apple Music, sponsor principal de la mi-temps depuis 2023 avec un contrat estimé à 250 millions sur cinq ans, a vu son nom associé au moment le plus regardé de l’année. Le streaming de « Not Like Us » a bondi de 430 % dans l’heure qui a suivi le show, et l’album « GNX » — sorti en novembre 2024 sans promotion classique, uniquement par la force de la rumeur — est resté numéro un du Billboard 200 pendant trois semaines. Kendrick prouve qu’en 2025, on peut ignorer les règles du marketing traditionnel et pourtant rafler la mise.
Le plus frappant reste le symbole. Là où Michael Jackson lisait un message universel en 1993, là où Beyoncé dansait pour Beyoncé en 2016, Kendrick impose autre chose : un regard intérieur sur l’Amérique noire, lucide, sans complaisance, parfois brutal. La scénographie jouait sur les dualités — salutations de gang, cercueils dorés, drapeau américain détourné — avec la précision d’un dramaturge. Le message ? Cette nation se regarde dans un miroir qu’elle préfère éviter, et le rap reste l’un des rares espaces où ce miroir existe encore.
Ce Super Bowl ouvre une nouvelle ère pour le halftime show. Fini le consensus tiède : la NFL veut désormais du tranchant, de la controverse, du sens. Bad Bunny, pressenti pour 2026, devra composer avec cet héritage. Kendrick, lui, sort de l’arène plus grand qu’il n’y est entré — comme Jay-Z en 2004 après son duo avec Prince, mais avec une résonance mondiale démultipliée par l’ère TikTok. La culture américaine vient de retrouver un roi. Et ce roi refuse de sourire pour la photo.
Sources : Billboard — NME — Variety — Apple Music Press — © 2026 BLU TV
Copyright © 2025, Blu TV. Tous droits réservés. Propulsé par RocketDee