6 août 2026
Caen, fin des années 2000. Un gamin envoie des textes sur MySpace, se fait repérer par Skread, et grave son nom dans le béton du rap français. Plus de quinze ans plus tard, Orelsan n’est plus un rappeur. C’est un auteur. Les puristes du street l’ont compris tard, mais le phénomène est devenu incontestable.
On a tous connu Orelsan par le scandale. « Sale pute », le clip qui a fait trembler les plateaux télé en 2009. La France découvrait un rapper brut, provocateur, presque punk dans sa démarche. Mais derrière le buzz médiatique, il y avait déjà une plume chirurgicale.
« J’représente ceux qui n’ont rien, qui n’sont rien, qui n’auront jamais rien »
Sur Perdu d’avance (2011), l’écriture est déjà là. Raw, imparfaite, mais lumineuse par moments.
2011. Au crépuscule puis Le chant des sirènes. L’album qui change tout. « Plus rien ne m’étonne », « Suicide social » : Orelsan devient le porte-parole d’une génération qui galère, qui rêve, qui triche. Le flow se pose, l’écriture s’affine. Skread aux beats, Gringe en cavalier de l’ombre : le CFL Records monte en puissance. On n’est plus dans l’underground bas-normand. On est dans la cours des grands.
2017, c’est le choc. La fête est finie explose tout. L’album s’écoule à plus de 120 000 équivalents ventes en première semaine. Un tsunami. « Basique », « La pluie », « Notes pour trop tard » : chaque titre devient un classique instantané. Orelsan n’écrit plus pour le rap — il écrit pour la France. Et la France répond présent.
2021. Civilisation. Le chef-d’œuvre de maturité. « L’odeur de l’essence », « Jour de chien », « Les séparés » : l’écriture atteint une densité rare dans le rap game actuel. Orelsan raconte la société, l’amour, la dépression, le temps qui passe. Il devient l’écrivain public d’une génération. Ce que Brassens était à la chanson, Orelsan l’est au rap : un styliste du verbe.
Aujourd’hui, son empreinte est visible. Ninho, Damso, PLK, Alpha Wann : tous citent Orelsan comme influence majeure. Les certifications s’accumulent, les streams explosent. Mais ce qui reste, ce sont les textes.
« On est tous le héros de sa propre vie, jusqu’à c’qu’on réalise qu’on est qu’un figurant »
Cette plume, personne ne l’a volée. Elle s’est forgée dans les chambres de Caen, dans les sessions studio à 4h du matin, dans la rage de prouver qu’un gars de province peut écrire l’histoire.
Orelsan n’est pas le meilleur rappeur technique. Il n’a jamais prétendu l’être. Mais il est le meilleur écrivain que le rap français ait connu. Et ça, personne ne peut le contester.
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