14 juin 2026
Caen, fin des annĂ©es 2000. Un gamin envoie des textes sur MySpace, se fait repĂ©rer par Skread, et grave son nom dans le bĂ©ton du rap français. Plus de quinze ans plus tard, Orelsan n’est plus un rappeur. C’est un auteur. Les puristes du street l’ont compris tard, mais le phĂ©nomène est devenu incontestable.
On a tous connu Orelsan par le scandale. « Sale pute », le clip qui a fait trembler les plateaux télé en 2009. La France découvrait un rapper brut, provocateur, presque punk dans sa démarche. Mais derrière le buzz médiatique, il y avait déjà une plume chirurgicale.
« J’reprĂ©sente ceux qui n’ont rien, qui n’sont rien, qui n’auront jamais rien »
Sur Perdu d’avance (2011), l’Ă©criture est dĂ©jĂ lĂ . Raw, imparfaite, mais lumineuse par moments.
2011. Au crĂ©puscule puis Le chant des sirènes. L’album qui change tout. « Plus rien ne m’Ă©tonne », « Suicide social » : Orelsan devient le porte-parole d’une gĂ©nĂ©ration qui galère, qui rĂŞve, qui triche. Le flow se pose, l’Ă©criture s’affine. Skread aux beats, Gringe en cavalier de l’ombre : le CFL Records monte en puissance. On n’est plus dans l’underground bas-normand. On est dans la cours des grands.
2017, c’est le choc. La fĂŞte est finie explose tout. L’album s’Ă©coule Ă plus de 120 000 Ă©quivalents ventes en première semaine. Un tsunami. « Basique », « La pluie », « Notes pour trop tard » : chaque titre devient un classique instantanĂ©. Orelsan n’Ă©crit plus pour le rap — il Ă©crit pour la France. Et la France rĂ©pond prĂ©sent.
2021. Civilisation. Le chef-d’Ĺ“uvre de maturitĂ©. « L’odeur de l’essence », « Jour de chien », « Les sĂ©parĂ©s » : l’Ă©criture atteint une densitĂ© rare dans le rap game actuel. Orelsan raconte la sociĂ©tĂ©, l’amour, la dĂ©pression, le temps qui passe. Il devient l’Ă©crivain public d’une gĂ©nĂ©ration. Ce que Brassens Ă©tait Ă la chanson, Orelsan l’est au rap : un styliste du verbe.
Aujourd’hui, son empreinte est visible. Ninho, Damso, PLK, Alpha Wann : tous citent Orelsan comme influence majeure. Les certifications s’accumulent, les streams explosent. Mais ce qui reste, ce sont les textes.
« On est tous le hĂ©ros de sa propre vie, jusqu’Ă c’qu’on rĂ©alise qu’on est qu’un figurant »
Cette plume, personne ne l’a volĂ©e. Elle s’est forgĂ©e dans les chambres de Caen, dans les sessions studio Ă 4h du matin, dans la rage de prouver qu’un gars de province peut Ă©crire l’histoire.
Orelsan n’est pas le meilleur rappeur technique. Il n’a jamais prĂ©tendu l’ĂŞtre. Mais il est le meilleur Ă©crivain que le rap français ait connu. Et ça, personne ne peut le contester.
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